JE SUIS LA PUTE PARFAITE

ANNE-SOPHIE VIGNOLLES

Charnues, fines, larges, gonflées ou rebondies

Je m'adapte à toutes les formes et carnations.

 

Mélange de pierres précieuses et de miel dans l'Antiquité,

Scarabée carmin écrasé en Égypte,

Algue, iode, brome, cire d'abeille, mûre, figue, raisin ou pigment,

Je porte en moi l'Histoire.

 

Vert, rouge, rose, violet ou noir.

Brillant, gras, opaque, sec ou humide,

Sur les peaux, le papier ou les miroirs,

Je suis éphémère.

 

Avec moi elles parlent, séduisent, caressent, embrassent, trichent, tuent et aiment.

Avec moi elles écrivent, dévoilent des secrets, révèlent des passions et scellent des ruptures.

Avec moi elles donnent naissance et avortent.

 

Je brille sur des corps mutilés, laids, beaux ou tordus.

Je définis des formes, rectifie des volumes et remplis des gerçures.

 

Je dessine et sublime la douleur, la joie et les pleurs.

 

Je te désire quand tu approches ta main et me choisis entre tous pour te servir.

Ça m'excite de sentir tes doigts sur mon corps.

J'aime me glisser entre les interstices de ta bouche.

Je jouis quand tu m'écrases contre l'épaisseur de tes lèvres.

 

S'il te plaît, ne cesse jamais de me désirer,

de m'utiliser,

et de m'aimer.

 

Je veux être ton dernier compagnon quand nous reviendrons à notre nature première,

la poussière.

Traduction Mathis Berchery.

Anne-Sophie Vignolles (1971, Paris, France). Éditrice, écrivaine et traductrice, elle est francophone de naissance et hispanophone d'adoption. Elle aime se mouvoir entre plusieurs langages, continents, langues, noms (tantôt Anne, tantôt Sophie, parfois les deux), mots, identités, quêtes et fulgurances. Elle est actuellement étudiante en Master d'écriture créative à l'UNTREF (Buenos Aires) dans la revue littéraire (Aquilea) de laquelle elle a publié sa première chronique au sujet de Adriana Carrizo. Cette publication a inauguré une série d'expositions pluridisciplinaires (dans lesquelles cohabitent peinture, photographie, vidéo, sciences sociales, poésie, lecture et art dramatique) qui gravitent autour du mot et du concept de MÉTIER (« OFICIO »).

Mathis Berchery travaille au croisement de la littérature et des arts visuels. Il est attentif aux conditions et contextes dans lesquels les expériences artistiques, poétiques et littéraires sont écrites et rendues publiques. Nourri de philosophie, éthologie et anthropologie, il ironise les habitudes humaines modernes et leurs limites, et développe une relation corporelle et tactile au texte. Diplômé des Beaux-Arts, il a intégré en 2018 le Master de création littéraire de l'université Paris 8 pour écrire les états sensationnels, livre-partition pour performance collective. En 2015 il a co-fondé le Collectif Uklukk avec Angèle Manuali, plasticienne et performeuse, avec qui il crée des évènements de poésie et performance, et des expositions in situ : Rendre. Vivant (2018), In-ouï.e (2020). En 2020, Mathis Berchery est accueilli en résidence croisé Itinéraire d'artiste(s) entre Rennes (Au bout du plongeoir), Brest (La Chapelle Dérézo) et Nantes (Les Fabriques), ainsi qu'à la Kesselhaus Anschapark à Kiel (Allemagne). Son travail a été montré notamment à Rennes au Musée des Beaux-Arts (2016), au Frac Bretagne (2020), au festival Foudre (2019) ; à Paris, à la Maison de la Poésie (2019), au Paris Art Lab (2020).