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Le contrôle

 

Je me suis fait prendre.

C'est un contrôle de police.

Fait par de faux policiers. Mais qu'importe. De nos jours, comment

faire la différence entre le type

qui a vraiment suivi la formation éclair

et celui

qui s'est juste

procuré l'uniforme ?

 

Ils examinent mes papiers.

Réfugié, pas réfugié ? demande l'un des faux flics

à son collègue.

Pas réfugié, grogne l'autre assez bas, assez déçu. 

Mais, en sa pupille, alors, juste après, s'éclaire quelque chose

de l’ordre de la petite lumière verte, fluorescente, pareille

à celle qui vous guide

lors des sorties de secours, en cas d'urgence.

Signe particulier : néant, lit-il. 

Ascendant : passe-partout, continue-t-il.

On est dans la cambriole, hein ? ajoute-t-il.

Mon père, surtout, dis-je. Moi non.

Et comment s'appelle-t-il, votre père ?

Je ne lui signale pas qu'il a mes papiers dans les mains.

Et que mon père s'appelle comme moi, ainsi qu’il est courant.

Monseigneur, dis-je.

Comme la pince du même nom, hein ? ricane-t-il.

 

Ensuite, sans surprise : direction le faux commissariat.

Me fait assaisonner par l'équipe des faux flics au grand complet.

Vais revenir chez moi tard dans la nuit,

roué de coups.

Mon compagnon va me dire que ça m'apprend,

quand on a des papiers comme les tiens, aussi obscurs

que les tiens, on ne va pas traîner

du côté de sous les ponts, vers les tentes, là où nichent

ceux qui n'ont rien — les arrivés de nulle part.

On ne va pas traîner du tout.

On reste chez soi.

 

 

 

Macron 14/05/17

 

C’est une chose dont j’ai toujours rêvé : d’ouvrir le président. En deux.

N’importe quel président fera l’affaire.

C’est juste une histoire de curiosité, d’apprentissage.

Même le président actuel peut convenir : Macron 14/05/17.

Je lui dis " Hé, Macron 14/05/17 ! ".

Il se retourne.

Et là, zip : la fermeture éclair secrète !

Avant que ses gardes n’aient le temps de réagir !

La main ferme, le geste précis, et hop :

devant vous, sous l’œil de toutes les caméras :

le président ouvert en deux. Révélant ce qu’il a dans le ventre.

Or sans grande surprise, pour celui-ci : derrière abdomen et thorax,

à la place de cœur, reins, foie, estomac, organes, sang

et la tuyauterie habituelle :

on ne trouve que d’autres petits Macron 14/05/17,

des versions miniatures, des modèles réduits, un peu poisseux,

humides, avec les paupières collées.

Certains ne respirent pas, ne bougent pas,

ne vivent pas. D’autres n’ont pas appris à parler,

d’autres ont la face agitée de tics,

d’autres sont infestés d’araignées qui leur ravagent l’épiderme,

d’autres boivent des sucs intestinaux.

Il y en a pourtant un, le successeur,  

en tous points semblable à l’original. L’héritier.

Prêt à reprendre le flambeau.

À remporter les prochaines élections. 

On est un peu déçus.

On aurait préféré, on aurait voulu que sorte seulement du président une bête malheureuse

avec une tête de bétail raté et douze pattes maladroites et sept antennes frêles, et qu’elle se mette à pousser des cris de panique et d’incompréhension et à mordre tout ce qui s’approche,

y compris les chaussures, les chevilles, les bas de pantalon

des proches de Macron 14/05/17. Dont Brigitte.

Mais on ne regrette pas non plus.

Au moins, les gens ont un aperçu.

Ils voient l’intérieur.

Pour une fois.

Ça vaut bien le coup de faire un petit tour en prison. 

DEUX POÈMES DE