Fernanda Martinez Varela_bannière-4.jpg
FRACAS (2).gif
  • Facebook
  • Twitter

tandis que je t'aide à déménager

commence le froid

 

les missiles traversent les jours mardi

à l'heure de la sieste, je te dis, essayant

d'entamer la conversation, tu sauras sans doute que les avions

ne laissent pas de traces, examine la trajectoire

de celui-là sur ton épaule

 

l'hiver croît dans les racines des arbres

grimpe le long de mon corps et te parvient lorsque nous nous tapons dans les mains

 

dans tes valises tu recèles de pires climats

je t'avertis au cas où tu voudrais les ouvrir quand je m'en irai

il est des froids qu'il vaut mieux vivre seul, il vaut mieux ne pas

répandre le désespoir

 

les missiles ne cesseront pas, notes-tu

plus que trois rues jusque chez toi

est-ce qu'on se dit adieu une rue avant si tu as peur

que je confonde ma maison avec la tienne, à trois heures

du matin, mardi prochain ?

je te demande et tu acquiesces, regardant le ciel

je suppose que c'est l'heure des exercices

de tirs de missiles contre la corée

 

il y a des attaques chimiques

la fille avec qui tu dors

forniques, exploses comme ces missiles

qui tombent sur la maison d'une famille coréenne

tandis que je t'aide pour tes valises, témoin passif

du déroulé de notre séparation, tu dis

jette ça, je rachèterai tout

à la saison prochaine

la chaleur confine aux langues

de feu, dans quelle

langue pourrons-nous

nous aimer demain ?


 

les filles sont passées sans se retourner sur moi

tu ne nous fais ni peine ni dégoût en te retournant me disaient-elles

que l'amour te soit bref, coït interrompu

par une mouche qui entre tes fesses introduit sa langue

 

réjouis-toi qu'on embrasse tes parties génitales sans les recracher

sans en décomposer les sexes, sans les respirer avant

comme un effleurement maladroit qui tend à la brusquerie

inefficace et inefficient l'amour que tu fais

tu n'es pas même suffisamment insupportable

et si l'on t'endure c'est par tendresse

envers elle qui blesse la vue

créature de chair

 

mais elles ont ri

lorsque je les ai invitées chez moi

lorsque je leur ai dit aujourd'hui j'ai attrapé un poisson

c'est mon anniversaire, je voudrais de l'affection

je suis seule et je suis seul, deux fois triste

et me sens deux fois laid, ai-je voulu insister

quels beaux cadavres au matin.

soigner une pensée malade

requiert que tu t'avises en marchant

blessée des yeux, noter que les fesses

montent et descendent dans les pupilles, grande

taille, suinte la pensée des adjectifs

possessifs : je la voulais pour moi, pour le débordement

de mes mains, pour la jouissance de ma langue

entrant et sortant avec d'autres langues

 

la soigner requiert

de laisser la pensée te posséder

arracher les fenêtres de l'enfance

et en la voyant sauter par l'une d'elles

lui dire « toi, pourquoi ne viens-tu pas ici

j'ai ce que tu penses

que j'ai : une femme

ou un homme, une ferme

avec des animaux ou des objets

qui pénètrent les animaux

animaux qui gémissent d'amour

comme des portes qui grincent

si de tes baisers

tu leur brises la mandibule »

 

soigner une pensée

malade, requiert de ne pas dormir

plus que de raison, sans quoi tu te réveilles dure

au matin n'écoute pas de chansons

d'amour ce sont des chemins qui mènent

dans un mur de ciment, garde

ta tête loin des coins

le sommet où deux

jambes se rejoignent

dans un pantalon

serré

 

soigner

une pensée

malade, requiert

ton attention aux détails

éviter les agglomérats, une collision

de croûte sur le talon, ne pas permettre

que la jeune fille approche sa joue

elle qui gentille dans tes yeux a pris

la pensée par le cou

et l'a embrassée, comme si c'était toi

qu'elle embrassait, et elle le dieu

auquel tu demandes « viens, descends

ta tête vers mes genoux »

reste là

porte ton poids

tu es arrivé·e jusqu'ici

qu'attends-tu qu'il se passe

tu n'auras pas de tapes dans le dos

et les jeunes filles ne te donneront pas de fessée

entre les fesses tu transpires une jument des champs

attelée à la charrue au beau milieu de l'été sur la ligne

équatoriale. Avant qu'en arrière tu regardes cherchant

le bord de ton lingot de métal. Ton trésor soudain

qui, si tu le touches comme on frappe à une porte, il se peut

que tu ailles t'ouvrir et que tu te dises : « bienvenue tu es

tout à ton aise ». Mais avant, bien avant

d'arborer une pensée sur le capot sautant

dans un pare-brise comme un·e étranger·e à dieu

rends-toi compte que depuis longtemps la beauté

s'assied sur tes genoux

et ne cesse de te regarder.

QUATRE POÈMES DE

TRADUCTION DE